Comment Ethereum s'impose comme LA blockchain, derrière Bitcoin
“Ethereum est la meilleure chose qui soit arrivée à la blockchain depuis Bitcoin” Nous sommes déjà au 7e épisode d'On Chain On Air et pour cette édition, nous nous intéressons au titan, Ethereum, accompagnés de Jérôme de Tychey, président d’Ethereum France et fondateur et CEO de Cometh. Jérôme est un OG de l’écosystème. Il a cofondé Ethereum France après avoir vu naître Ethereum. Une association qui familiarise la communauté francophone avec l’écosystème Ethereum via des contenus, articles et lors d’événements comme la rencontre annuelle majeure durant laquelle nous avons tourné cet épisode : ETHcc
"La réalité, c'est qu'Ethereum n'a pas 1 tour ou 2 tours d’avance, mais 2 ou 3 courses d’avance”.
Au sommaire :
1. Quelles sont les origines d’Ethereum ?
2. Comment fonctionne Ethereum ?
3. La compatibilité inégalée d’Ethereum
4. L’abstraction pour une adoption universelle
5. Comment rencontrer la communauté Ethereum
1. Quelles sont les origines d’Ethereum ?
“Initialement, le projet un peu fou d’Ethereum était de mettre un ordinateur dans une blockchain”
Vitalik Buterin, le co-fondateur d’Ethereum, est parti du principe que la blockchain Bitcoin n’était pas suffisamment programmable, alors même que la blockchain pouvait être utile à bien d’autres cas d’usage, au-delà du simple transfert d’argent. Alors en 2013, Vitalik Buterin a publié le whitepaper d’Ethereum, dont le mainnet a été lancé deux ans plus tard en 2015.
La blockchain Ethereum a été lancée sans vente privée de token, mais par le biais d’une ICO. N’importe quel investisseur pouvait échanger des BTC contre des ETH à 0,31$ l’unité.
Au départ, la blockchain Ethereum fonctionnait sur un algorithme de consensus en Proof Of Work, mais la transition vers le Proof of Stake était d’ores et déjà prévue dès lors que le stade de maturité nécessaire serait atteint.
👉 Retrouvez notre article sur la différence entre la Proof of Stake et la Proof of Work
Concernant les smart contracts, bien qu’ils aient d’abord été évoqués par Nick Szabo dans les années 1990, c’est Ethereum qui les a introduits pour la première fois pour une utilisation concrète. Les smart contracts sont des programmes informatiques déployés sur une blockchain, conçus pour exécuter des tâches prédéfinies.
“Au début, en 2015, on s’est dit qu’on allait pouvoir faire plein de trucs, des applications inarrêtables. Aussi inarrêtables que la blockchain elle-même.
Grâce à ces technologies novatrices, Ethereum a entraîné l’explosion des applications décentralisées, les dApps qui ont permis le développement de nombreux nouveaux cas d’usage sur la blockchain, notamment la Finance Décentralisée (DeFi).
2. Comment fonctionne Ethereum ?
“Le proof of stake d‘Ethereum fonctionne en obligeant les nœuds validateurs à avoir un uptime presque parfait. Quand on propose du staking, on est censé être là et répondre.”
Un validateur sur Ethereum fonctionne grâce à deux types de nœuds :
Le nœud d’exécution, qui exécute les transactions, maintient l’état de la blockchain, gère les transactions entrantes, etc.
Le nœud de consensus, qui choisit le prochain bloc valide, gère le staking, les validateurs, leur statut, etc.
Chaque bloc est vu, attesté puis tamponné par un validateur avant d’être intégré définitivement dans la blockchain.
Ces validateurs sont “appelés” les uns après les autres via un système de tirage au sort et doivent répondre présent pour vérifier les blocs. Si un validateur ne répond pas, il est slashé, c’est-à-dire qu’on lui retire une partie du montant qui lui a été délégué, car il n’a pas effectué son travail correctement.
Cette contrainte pousse les validateurs à avoir un uptime parfait, c’est-à-dire à être présents et actifs 100 % du temps. Et un tel niveau de disponibilité active d'autres cas d’usage comme l’exécution de services type AVS via le restaking sur Eigen Layer par exemple.
Avant l'arrivée des Layer 2, Ethereum ne pariait pas sur ce type de solutions pour augmenter sa scalabilité, mais plutôt sur le système de sharding, qui consiste à fragmenter le réseau principal en plusieurs blockchains plus petites appelées shards. Ce système est notamment utilisé par les blockchains Near Protocol ou encore MultiversX.
Cependant, face à des défis techniques, la décision s’est tournée vers des rollups, ces fameuses solutions de Layer 2 construites au-dessus d’Ethereum, qui utilisent son mécanisme de consensus pour fonctionner.
Pour schématiser et simplifier ces technologies, Jérôme compare Ethereum à une brosse à cheveux, où le manche représente le Layer 1 Ethereum et chaque “rangée de poil” représente des Layer 2 qui communiquent entre eux et avec le manche qui tient toute la structure.
Il est par ailleurs inscrit sur la roadmap d’Ethereum qu’il est prévu d’améliorer l’interopérabilité entre les Layer 2 du réseau notamment grâce aux Zero Knowledge Proofs.
3. La compatibilité inégalée d’Ethereum
Au fil des années, un gigantesque écosystème s’est développé autour d’Ethereum avec des centaines d’applications décentralisées sur le Layer 1 et sur un grand nombre de Layer 2 construites par-dessus.
La majorité des réseaux que vous utilisez sont a minima compatibles avec l’Ethereum Virtual Machine (EVM), mais qu’est-ce que l’EVM exactement ?
L'EVM est l’élément qui a permis à Ethereum d’être présent partout. L’EVM est comparable à un ordinateur géant décentralisé qui permet à tous les développeurs Solidity (le langage d’Ethereum) de déployer des smart contracts et ainsi de faire tourner des applications décentralisées. Étant open source et entièrement décentralisé, il peut être repris puis recodé sur d’autres blockchains, permettant aux développeurs de copier-coller leurs applications sans (ou avec très peu de) modifications et les nouvelles blockchains, elles, n’ont pas besoin de développer un nouveau langage.
Ethereum a donc imposé un véritable standard pour le déploiement de smart contracts et de dApps, mais aussi pour les formats d’adresses type “0x” qui permettent l’utilisation d’un même wallet et d'une même adresse pour interagir avec des dizaines de blockchains.
On parle donc de “blockchain compatible EVM” lorsqu’une blockchain peut accueillir le langage Solidity (et Bytecode) pour ses smart contracts.
Voici quelques chiffres donnés par Jérôme :
• 97 % du volume des DEX transite sur des réseaux EVM
• 88 % de la valeur d’actifs tokénisés se trouvent sur le L1 Ethereum et près de 97% en prenant en compte l’écosystème étendu d’Ethereum.
4. L’abstraction pour une adoption universelle
Une fois développée et suffisamment performante pour être utilisée par le grand public, une technologie doit passer par une phase d’abstraction. C’est-à-dire que les utilisateurs de cette technologie ne doivent même pas savoir qu’ils utilisent cette technologie, tellement l’expérience utilisateur est optimale.
Cette volonté est apparue avec les premiers Ethereum Improvement Proposals (EIP) mentionnant l’Account Abstraction : de nouveaux types de comptes Ethereum qui améliorent considérablement l’expérience utilisateur et la simplicité d’utilisation du réseau.
La grande majorité des utilisateurs interagissent avec le réseau Ethereum via des EOAs (Externally Owned Accounts), des comptes standards qui limitent le champ des possibles, empêchant par exemple la réalisation de transactions groupées (approuver un token, l’échanger, l’envoyer sur une autre adresse, etc.) ou le paiement des frais de transactions avec d’autres actifs qu’ETH.
Pour pallier à cela, Ethereum propose un smart wallet ou smart account, c’est-à-dire un smart contract qui permet à un portefeuille d’être programmable et d’offrir, entre autres, ces possibilités :
• Définir ses propres règles de sécurité
• Récupérer son compte malgré la perte de sa seed phrase
• Payer les gas fees de quelqu’un d’autre ou permettre à quelqu’un d’autre de payer ses gas fees
• Rassembler plusieurs transactions en une seule
Voici un exemple donné par Jérôme : Beaucoup d’institutions veulent juste bouger leurs fonds tokénisés, mais ne veulent pas avoir à utiliser de l’ether, notamment en cas de problématiques de conformité concernant la provenance des tokens ou autre. Les smart accounts peuvent résoudre ce problème.
L’implémentation des smart accounts est permise par le standard ERC-4337 utilisé par Polymarket, Gnosis ou encore Worldcoin.
5. Comment rencontrer la communauté Ethereum
Devcon et Devconnect sont les deux évènements organisés par la fondation Ethereum et se déroulent à tour de rôle une année sur deux : une année Devcon et une année Devconnect.
Lors de Devconnect, la fondation loue de nombreux espaces qu’elle distribue aux acteurs de l’écosystème comme Ethereum France par exemple, permettant à la communauté de se retrouver sans intervention de la fondation. Devcon se déroule souvent dans une région émergente où se trouvent de nouveaux talents et où la fondation organise des conférences et apporte elle-même du contenu.
Pour faire un premier pas dans la blockchain, Jérôme recommande ethCC, la conférence la moins chère et celle où se regroupent le plus de personnes. Des hackatons sont souvent organisés durant la même période.
Nous remercions Jérôme de Tychey, Président d’Ethereum France et CEO de Cometh, ainsi que Veiga Management pour le tournage de cette interview disponible en vidéo sur YouTube et en audio sur toutes les plateformes de podcast.
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